Littérature Afro ☀ 

Ousmane Sembène,
le romancier cinéaste

Le parcours éducatif d’Ousmane Sembène n’a pas été des plus exemplaires. Élève indiscipliné et au fort caractère, le futur écrivain né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, en Casamance (Sénégal) s’est à maintes reprises vu exclu de ses établissements de formation. Alors qu’il n’a que 13 ans par exemple, il est renvoyé de son école pour avoir levé la main sur son professeur, ce dernier voulant lui enseigner… la langue corse. Cela ne l’empêchera pas de devenir l’un des plus grands écrivains et cinéastes que le continent noir ait jamais connu.

Années 1940. Alors que la Seconde Guerre mondiale décime l’Europe, le jeune Ousmane Sembène est contraint de rejoindre la troupe des tirailleurs sénégalais. L’expérience s’avère traumatisante et éprouvante pour le ziguinchorois, mais renforce ses convictions anticolonialistes et son militantisme. La guerre finie, Sembène rejoint clandestinement la France où il multiplie les petits boulots dont celui de docker. Marqué par les injustices sociales auxquelles il est sujet, il est vite séduit par le mouvement communiste et ses théories marxistes-léninistes. Mais en parallèle, il développe une forte passion pour l’écriture et la littérature. 

Le précurseur du cinéma sénégalais et africain

Le premier roman d’Ousmane Sembène est publié en 1956. Intitulé “Le Docker noir”, le livre aborde son arrivée sur le territoire français et son parcours de docker au port de Marseille. Il est vite suivi de “Ô pays mon beau peuple”, sorti en librairie l’année suivante. En 1960, année à laquelle de nombreux pays africains accèdent à l’indépendance, l’auteur offre à ses lecteurs “Les bouts de bois de Dieu”, un récit ambitieux et fortement anticolonialiste traitant de la grève des cheminots africains de la ligne Dakar-Niger pour obtenir les mêmes droits que les cheminots français en 1947-1948.

Viendront ensuite des classiques comme “L’Harmattan” (1964) ou “Voltaïque” (1962), puis les satires sociales “Le Mandat” (1965) et “Xala” (1973), qu’il adaptera également au cinéma. En effet, soucieux de raconter l’Afrique par le biais de l’image et toucher un large public, l’écrivain engagé va se muer en cinéaste prolifique et brillant, reconnu sur la plan international. En témoigne, “Camp de Thiaroye”, son drame poignant sur le massacre historique de tirailleurs sénégalais par des troupes coloniales françaises, qui remportera le prix spécial du jury à la Mostra de Venise en 1988. Mais aussi son dernier film, “Moolaadé” sorti en 2004, sur la barbarie des mutilations génitales féminines, qui recevra quant à lui le Prix Un certain regard et la mention spéciale du jury lors du Festival de Cannes 2004. 

Ousmane Sembène meurt le 9 juin 2007, dans son domicile à Yoff, à l’âge de 87 ans. 

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